Responsables :   Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. (INCC - Belgique), Elsa Supiot (Univ. Paris 1, UMR 8103 ISJPS), Sonia Desmoulin-Canselier (UMR 6297 DCS)

 

On dit des technologies qu’elles étendent nos sens et les aiguisent. En nous permettant d’appréhender le réel à une autre échelle, dans ses traces les plus infimes, elles en changent la nature. Ainsi, la poussière acquiert un intérêt nouveau maintenant qu’on peut y lire des identités. Les images cérébrales livrent des informations inédites et certains suggèrent d’y trouver les signes de la capacité, de la responsabilité ou de la dangerosité. Ces exemples illustrent l’importance des changements en jeu. Il ne s’agit pas de pécher par déterminisme technologique mais de reconnaître que les technologies médiatisent le monde et les gens, au point que certains parlent de « citoyens biochimiques »1 . Cet atelier est une invitation à penser l’action des technologies dans la production des vérités pénales, au carrefour de deux axes que nous proposons de cibler. La vérité et la certitude : L’arène pénale peut être un lieu d’autorité participant d’une apparente consolidation des vérités scientifiques. Inversement, et particulièrement dans les pays de tradition anglo-saxonne, la science est scrutée en cour et ses incertitudes, exposées. Plus encore, le raffinement des technologies peut perturber la recherche de certitude judiciaire. Par exemple, la technologie génétique est à ce point précise qu’elle force, en quelque sorte, à « trop » voir. Elle permet dorénavant de lire, dans le même échantillon, de multiples profils génétiques qui s’y retrouvent par transferts tels les échanges de cellules de peau qui se produisent lors d’une poignée de main. Les recherches en neurosciences viennent, quant à elles, troubler le cadre établi de l’expertise psychiatrique. Dans ce contexte, comment s’établissent les sphères de compétence scientifique et judiciaire ? Les critères de vérité scientifique et de certitude judiciaire peuvent être compatibles et satisfaits par les mêmes « preuves » (tel qu’en font foi certains « objets frontière » (boundary objects) 2 ) sans qu’aucun des deux régimes ne soit complètement asservi l’un à l’autre. Comment les « vérités de la science » et les « certitudes du droit » entrent-elles en compétition ou encore s’arriment-elles ? Le lieu de rencontre entre ces deux régimes de véridiction réside-t-il davantage dans la recherche d’une vérité substantielle ou dans la construction d’une vérité procédurale ? Le procès et la décision de justice peuvent-ils faire place aux incertitudes et aux inconnues qui peuvent marquer l’interprétation des résultats d’expertise ? La normalisation des techniques, des pratiques et des comportements : La justice profite assurément des nouveaux outils qu’offre le développement technologique, notamment en génétique et en neurosciences. Elle améliore aussi son image en captant une part de l’aura technologique. Cependant, ces effets sont conditionnés par la confiance accordée à la solidité des résultats produits. La crédibilité des nouveaux modes de preuve apparaît largement dépendante des conditions de leur production. Tantôt spécifique et confinée au domaine technologique (et alors peu visible sur le plan juridique), tantôt hybride et partiellement intégrée dans les règles de procédure pénale, la normalisation opère à tous les stades : de la standardisation de la technique et des gestes experts jusqu’à l’intégration du résultat dans le processus judiciaire. Elle concerne aussi les personnes dont l’identité ou le comportement est ainsi saisi. Ceci conduit à interroger la manière dont les technologies trouvent leur place dans le contexte judiciaire. Quelles sont les autorités normatives mises en scène dans cet usage politique des technologies au service de la justice pénale ? Quelles pratiques et comportements des acteurs judiciaires sont reconfigurés par cette mobilisation technologique en justice ?

 

1 - McGuire, M. (2013). La « technomie » et le citoyen biochimique. Déviance et Société, 37(3), 265-287.

2 - Moon, C. (2013). Interpreters of the Dead: Forensic Knowledge, Human Remains and the Politics of the Past. Social & Legal Studies, 22(2), 149-169.