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Laurent Mucchielli, Délinquance et criminalité à Marseille : fantasmes et réalités, Fondation Jean Jaurès, collection "Essais", 2013

 

Présentation : 

Marseille la criminelle est partout dans les médias. La ville est-elle devenue plus dangereuse ou est-ce son image qui s’est dégradée ? Laurent Mucchielli répond à la question par une analyse historique et des statistiques éloquentes sur les spécificités réelles de la ville, pas celles dont on parle…

Les règlements de comptes à Marseille : une vieille histoire
A chaque règlement de comptes ou presque, les médias font mine de découvrir la réalité du banditisme. Certes, les règlements de comptes meurtriers entre malfaiteurs connaissent depuis quelques années un léger regain d’intensité sur fond notamment de concurrence exacerbée sur le marché des drogues. Certes encore, selon les statistiques de police, plus d’un tiers des « règlements de compte entre malfaiteurs » enregistrés en France par la police judiciaire a eu lieu dans la seule région marseillaise ces dernières années. Cependant tout cela n’a rien de nouveau et s’enracine à l’inverse dans une longue histoire. Sur les quarante dernières années, tous les discours annonçant l’irruption d’une « nouvelle violence » et de « nouveaux bandits » totalement différents de leurs prédécesseurs procèdent du fantasme et de l’ignorance.

C’est probablement au tournant du XIXe siècle qu’une « économie criminelle » émerge à Marseille en raison principalement de la compétition pour l’exploitation de la prostitution en centre-ville. Cela est dû au fait que Marseille est devenue un port international. Des trafics vont s’organiser en lien avec les colonies et les protectorats français et vont perdurer jusqu’au XXe siècle. Au trafic de drogues s’ajoute le trafic d’armes à feu. Un nouveau banditisme lié à la communauté corse voit le jour. Bien organisé, souvent instruit, connaissant les lois et employant des avocats chevronnés, il bénéficie de protections politiques importantes.

Les infractions constatées par la police dans les cinq plus grandes villes ou agglomération françaises
Les statistiques de police sont un outil très imparfait de mesure des délinquances. En effet, elles ne comptabilisent pas la totalité des faits réellement commis mais seulement une partie de ceux qui font l’objet d’un procès-verbal transmis à la justice. A défaut d’autre outil généralisé à l’ensemble du territoire, il faut les utiliser avec prudence pour réaliser des comparaisons entre les villes. En comparant la moyenne des faits constatés officiellement dans les circonscriptions de sécurité publique (CSP), nous pouvons relativiser déjà fortement l’idée selon laquelle la ville de Marseille ferait figure d’exception française en matière de délinquance et de criminalité. Mise à part la question des « règlements de comptes entre malfaiteurs », la cité phocéenne n’arrive en tête que pour les « vols liés à l’automobile et aux deux-roues à moteur » et les « vols avec violence sans arme ».

Un contexte socio-économique particulièrement lourd à Marseille
Les Bouches-du Rhône et les Alpes-Maritimes font partie des départements dans lesquels les inégalités de niveau de vie sont les plus marquées. Dans les Alpes-Maritimes, le niveau de vie des plus aisés est un des plus élevés de métropole. Dans les Bouches-du-Rhône, c’est le niveau de vie des plus défavorisés qui est particulièrement faible.

A coté de la question du grand banditisme, une autre particularité est à prendre en compte. A Marseille, les banlieues – et les pauvres – sont dans la ville. Ils peuplent principalement les fameux « quartiers nord». 48 % de la population vit dans un quartier faisant l’objet d’un « Contrat urbain de cohésion sociale » (CUCS). Plus de 26 % de la population vit dans ce que l’Insee appelle les Zones urbaines sensibles (ZUS), cible prioritaire de la politique de la ville en raison des difficultés que connaissent les habitants de ces territoires. Le poids démographique de la jeunesse, l’importance des logements HLM, de la précarité, du chômage, du nombre de personnes peu ou pas diplômées ou encore de la population immigrée en sont des caractéristiques classiques. Les habitants y cumulent un triple déficit d’insertion socio-économique, de citoyenneté, de qualité de vie générale individuelle et collective.

Dès lors, au vu de ce contexte social, certaines formes de délinquance juvénile et de délinquance plus ou moins organisée y sont plus intenses. Mais cela relève aussi d’une construction policière et judiciaire, car ces habitants, surtout lorsqu’ils sont d’origine étrangère et plus encore s’ils sont de nationalité étrangère, font l’objet de pratiques discriminatoires à tous les étages du système pénal. Les habitants des ZUS sont clairement surreprésentés dans les statistiques pénales, à commencer par les statistiques de police.

Rien ne semble pouvoir justifier un traitement politique et un traitement médiatique tendant à faire de Marseille une sorte d’exception ou d’anomalie à la française. Il serait beaucoup plus pertinent et productif d’y voir plutôt une sorte de miroir grossissant de réalités humaines et sociales largement répandues en France et ailleurs dans le monde

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